Pour célébrer lévénement, John Galliano a réquisitionné rien moins que lOrangerie du château de Versailles. Sa collection Bal des artistes se réclamait de 45 maîtres, du photographe culte de lâge dor de la couture, Irving Penn, à Gruau, illustrateur de Dior, en passant par Boucher, Watteau, les impressionnistes, les Espagnols Greco, Velasquez, Zurbaran, Goya, sans oublier les Flamands et les Italiens. En hommage au fondateur de la griffe, les robes sont construites autour du corset, base quil avait élaborée dès 1947. Ce bal des artistes lance donc sur le podium, qui court tout le long de lOrangerie, un défilé de tournures, de poufs, de vrilles De la faille crémeuse, brodée dun visage en noir sur fond blanc pour le modèle Cocteau, des fleurs à pétales frémissants sur une immense robe de bal parme en référence à Monet. De la danseuse de Degas, Galliano retient un jupon en tulle plissé champagne brodé du noeud à la Fontanges en paillettes or, un des ornements préférés de Christian Dior. Après un délicieux arlequin à la manière de Picasso, passe une silhouette 1900, tout en dégradé dorange à pouf de taffetas, échappée dune toile de Seurat. Si Renoir sert de prétexte à un déluge de taffetas porcelaine, linspiration Boldini conduit à une élégante spectrale aux yeux cernés de khôl sous sa capeline. À partir de la ligne maîtresse dune taille étranglée sur une grande jupe généreuse en métrage détoffe, Galliano digresse et sautorise ce que seul le groupe LVMH pouvait lui accorder : une démonstration étourdissante grâce à des moyens époustouflants. Un groupe de flamenco et un choeur de gospel live accompagnaient cette galerie de portraits. Les 1 200 invités ont offert une standing ovation au créateur né à Gibraltar venu saluer en habit de torero. Dans les jardins, entre paella géante, mojitos et tentes kaïdale, la fête battait son plein. Monsieur Dior, dont Cocteau jurait que son nom provenait de la contraction de Dieu et or, devait être aux anges.